Extraits (french)

Vous trouverez ici quelques extraits de mes derniers ouvrages

parus aux éditions EDILIVRE

https://www.edilivre.com/auteurs/marc-emmanuel-ackermann-12484.html

 

 

 

VORTEX (2014) - éditions Edilivre

 

"J'ai bâti mes alvéoles dans la matière moirée à coups de dents, à coups de hargne. Dans mes ténébreux couloirs, je déambule sans répit à la recherche d'une nouvelle faille, d'une nouvelle galerie. Je creuse à mains nues mes circonvolutions et mes entrelacs de chair cervicale. Je suis tout à la fois guetteur, concierge et ennemi. Je planifie mes stratagèmes, incisant de ma lame la viande de mon esprit. J'effile, je couds, je tords et je délie. J'exhorte, je me sème et en moi je grandis."

 

NIGREDO (2015) - éditions Edilivre

 

"Est-ce l'oiseau qui vole, ou le ciel qui le soulève. Les deux, ni l'un ni l'autre.

L'oiseau soulève le ciel, c'est le ciel qui vole, entre autres.

Est-ce le ciel qui plonge ou l'oiseau qui s'abandonne. Les deux, ni l'un ni l'autre.

 

Est-ce la lumière qui vomit les ténèbres, ou les ténèbres qui dévorent la lumière.

Les deux, ni l'un ni l'autre.

Est-ce les ténèbres qui génèrent la lumière en se faisant orifice, ou la lumière qui les fertilisent en les perçants de ses appendices. Ni l'un ni l'autre, aucun, et tous, entre autres.

 

Est-ce la fierté de n'être plus malade, ou celle de l'avoir été.

 

Est-ce la fierté de la lutte ou de l'abandon.

Est-ce seulement de la fierté.

 

Est-ce la sensualité d'une femme ou est-ce une femme seulement.

Est-ce une femme seulement ou seulement une femme.

 

Est-ce sa douceur et sa mansuétude, ou ce que je tiens à maintenir en elle, dans elle, sur elle.

Est-elle vraiment femme quand je l'aime."

 

 

CE QUE SAVENT MES MAINS (2015) - éditions Edilivre

 

"J'entreprends ce périple onduleux sur les courbes satinées de tes cuisses musculeuses et tendues. Elles sont chaudes, mais mes mains sont plus chaudes encore. Je suis une brûlure étendue à l'infini de ton corps.

 

Mes caresses se font plus pressantes, et sous l'affliction du poids de mes membres, tes jambes se raidissent et s'affolent. Avant que tes nerfs ne lâchent, tu exhortes quelques spasmes fébriles contre mon corps flexible à souhait.

 

Dehors, l'après-midi est lent et les humains se distraient aux terrasses, assis de plomb, sans souplesse aucune, avalés par leurs sièges en plastique brûlant, à détailler les autres humains, ceux qui marchent encore.

 

Ils rient de leur sueur. De leur effort. De leur cheminement qui semble ne pas avancer dans la moiteur de cet été caniculaire.

 

Quelques moineaux tentent la socialisation et y parviennent plutôt bien, gagnant quelques miettes de croissants et regards entendus : « ah, petits coquins ! »

 

Mais tu relances l'entrelacs et enserre mes reins de tes cuisses fermes en laissant tomber la tête en arrière. Tes cheveux noirs glissent sur ton doux pyge en érection, tandis que ma gorge manque d'eau.

 

Nourris-moi de ta sueur.

 

Mes lèvres nues et incandescentes se posent sur le rouge des tiennes dans un flottement vacillant, et alors tes joues rosissent et s'enflamment.

 

Tes mains s'accrochent à mon dos bandé, comme d'un ultime sauvetage dont tu n'es en rien assurée.

 

Je vais te couler puis t'envoler.

 

Tu vas passer du fracas de notre étreinte au soulagement divin de notre chute.

 

Tu es mienne, et bientôt tu seras toi.

Et bien plus encore.

 

Le ciel se couvre et les parapluies s'ouvrent.

 

3 pigeons sur la fenêtre commentent nos ébats sous le fracas harmonieux des gouttes cinglantes.

 

La pluie maintenant envahit la scène, et les voyeurs assis se mettent à courir en tous sens, comme perdus dans un univers apocalyptique...

 

Ce n'est que la pluie.

 

Les moineaux volent bas, le calme se délite, la profondeur perd de sa détermination pour ne devenir qu'un écran unidimensionnel où la pluie se fait rideau sans plis.

 

Rien que la pluie. "

 

 

SIGNES ET PROCEDURES (2015) - éditions Edilivre

 

"Découdre cette droite, l'étourdir puis la réanimer dans l'hystérie d'une angoisse morbide et jouissive, la secouer un peu, laisser reposer, puis secouer à nouveau, fort cette fois ci. Introduire du silence par happements voluptueux. Feindre l'abandonner, mais rester aux aguets. L'écouter fleurir et disperser son haleine en petites sautes coquines. Attendre et observer. La mort rôde. La mort enlace. Ne pas fuir ses baisers glacés. Lui répondre par de légers coups de hanches. Une femme tombe. La mort enlace. Le vent est absent mais la chute est bruyante. Les tissus virevoltent et les bras s'accrochent au vide omniscient. Ses doigts sont glacés. Semblent devenir plus pointus tandis que le terme approche. Elle sera bien aiguisée. Elle sera fraîche et déboulonnée. Un homme en jeans délavés, torse nu et cigarette au bec observe la scène de sa fenêtre sans en prendre ombrage. Il boit une gorgée d'un breuvage indicible et retourne devant son téléviseur crachotant des pestilences anonymes .

 

Il s'est passé quelque chose aujourd'hui. Je ne sais pas vraiment quoi. "

 

 

ALEAS (2015) éditions Edilivre

 

 

 

"Aux morts baignant dans les marais las des espoirs déçus, elle envoyait missives de baisers sucrés aux teintes d’albumine solaire. Fière et libre de toute enclave, gracieuse et volubile, lancée comme d’un poing rageur dans le sternum à la vitesse incandescente d’une étoile à son apogée, elle s’adonnait à sa vertu la plus charmante et la plus indicible. Que le sabot lourd de l’aurochs eut désiré éteindre, ou ne serait-ce que faire vaciller sa lumineuse flamme qu’il n’y serait point parvenu sans y perdre beaucoup de sa chair et de musculeuse massivité, sans parler même de sa fierté qui se serait sans doute évanouie dans une saute de sueur glacée jetée contre un mur radieux. Caressant lascivement sa joue du bout de son index légèrement courbé, elle n’attendait pas même de réponse avant que tout ne sombre dans l’ordre dépressif des causes et des effets mal digérés."

 

 

 

ESSENCES (2016) - éditions Edilivre

 

 

"Sous les artères vacillantes

d'un geste hésitant

à s'immiscer dans les troublantes

alvéoles abandonnées à lui,

il pénètre la matière soupirante

de plaisir.

 

Ses yeux emplis de foultitude

d'espoirs,

il n'avance plus

que par pas brefs et sûrs

dans l'épaisseur moite

d'un étrange théâtre

aux senteurs de musc

et d'ardoise brûlée.

Il n'y a personne.

 

Tout se joue dans le silence

et la paix

des âmes réconciliées

qui accroissent sans s'épandre,

allèguent sans intrusion,

et s'en vont sans bruit.

 

C'est une étendue sphérique

et caressante,

où l'oubli des signes enseignés

devient maîtrise et volupté. "

 

 

 

 

OMNIA ET NIHIL (2016) - éditions Edilivre

 

 

"Loin des stridulations hystériques des interactions humaines, je m'assieds et me laisse pénétrer par tout ce qui est et tout ce qui n'est pas. J'irradie calme et volontaire. Plus un bruit à l'intérieur, plus un spasme, plus un nerf. Je suis à la fois vide et plein, sans volume et proéminent, long de mille pieds et microscopique. Cette discipline que je m'impose fait éclater les barrières de ma liberté véritable.

 

Je suis profondément ancré dans mon corps, posé comme d'un vulgaire objet sur le sol froid et tout à la fois en dehors, visitant mille autres lieux, mille autres anatomies. Cela à une vitesse prodigieuse et pourtant dans une quiétude absolue. Aucun frottement. Rien que de douces et chaleureuses vibrations qui semblent m'envelopper.

 

J'explose, dans le silence et la paix tout en laissant pénétrer la moindre des sensations. Échange continu et délectable.

 

Tout est animé, dans les deux sens du terme. Chaque chose se meut, quand bien même nous semble-t-elle immobile et chaque chose est douée d'âme, quand bien même sommes-nous pas prêt à l'accepter et le comprendre.

 

Je suis tout et rien.

 

Par le biais de mon corps paisible, je laisse percer les mystères et m'en enrichis.

 

C'est un voyage immobile et ô combien réparateur. Je comprendrai bientôt l'univers entier dans mon humble petit corps. Et je serai abandonné à lui intégralement… à la fois anéanti et resplendissant. "

 

 

 

I SHIN DEN SHIN (2017) - éditions Edilivre

 

 

"Souris, cher ami. De mon cœur au tien, de mon âme à la

tienne, entends les frémissements voluptueux des jours ensoleillés, entends le battement fragile de nos embrasses pudiques qui éteignirent tant de sanglots dans l’étreinte d’une amitié chaleureuse et profonde.

 

Vois, moi je perds mes yeux et les émissaires foudroyants d’Hélios s’en foutent éperdument et je m’en moque également, car il me reste bien deux mains en tout cas pour saisir et caresser la fuite douce et lancinante des semaines clopinantes.

 

Sois le bienvenu en moi.

 

Nous le savons, il n’en a pas toujours été ainsi.

 

Fais place à ton gré au fond de moi. Loves-y toi et je t’aimerai sans discontinuer. Le temps n’est rien, ne t’en soucie point.

 

Souris et vois comme nous sommes. Parbleu, certainement pas les meilleurs, et non plus les pires hélas, mais que faisons-nous mieux que d’être nous ? Qui pourrait le faire pour nous ? Uniques et irremplaçables, voilà ce que nous sommes, cher ami. Voilà ce que tous nous envient, planqués derrière leurs armures factices d’une raison sans morale ni empathie. "

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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